Evasion de Treiber: les questions demeurent

jean-pierre-treiberAu lendemain de cette évasion impressionnante, les syndicats de surveillants de la prison montrent du doigt le manque d’effectifs, la surpopulation carcérale de 180% à Auxerre. Une enquête est en cours.

Comment le suspect numéro 1 dans une affaire de double meurtre peut-il parvenir à s’évader d’une prison française ? Au lendemain de la fuite de Jean-Pierre Treiber, de nombreuses questions se posent.

Que s’est-il passé ?

Selon les premières informations, Treiber s’est évadé mardi matin alors qu’il travaillait dans un atelier de la prison. Il y remplissait des cartons de fournitures scolaires ou de bureau pour une entreprise. Il se serait dissimulé dans un carton qui faisait partie du chargement d’un camion destiné à une commune de l’Yonne. Le chauffeur du véhicule ne s’est pas aperçu de la présence de l’évadé, mais a constaté un trou dans la bâche et des cartons écrasés à l’intérieur de son camion lorsqu’il est arrivé à destination. D’apres Thierry Cordelette, secrétaire régional de l’Ufap/Unsa (premier syndicat de surveillants de prison), Jean-Pierre Treiber avait «fabriqué» lui-même le carton et s’est glissé à l’intérieur alors qu’il était posé sur une palette.

Pourquoi l’évasion n’a-t-elle pas été signalée plus vite ?

Même si un détenu s’est inquiété de l’absence de Treiber lors de la distribution des repas mardi «vers midi», sa disparition n’a été signalée que plus tard. Pour Thierry Cordelette, la règle de l’enfermement en cellule des détenus au moment de la distribution des repas entre midi et quatorze heures «n’est plus respectée par l’administration» pénitentiaire. «Aujourd’hui, les détenus vont et viennent à l’intérieur de la prison sans même que les surveillants soient informés précisément de leurs allers et venues».

Comment expliquer cette évasion ?

Interrogés par lefigaro.fr, les syndicats de surveillants pointent du doigt le manque d’effectifs dans les prisons françaises et reconnaissent un défaut de surveillance. «Est-ce lié à une négligence ou parce que les personnels sont autant sollicités ?», fait semblant de s’interroger Thierry Cordelette, pour qui la seconde solution s’impose. «À Auxerre, un agent est chargé de 10 fonctions : passer des contrats avec les concessionnaires (entreprises passant des contrats avec l’établissement pour faire travailler les détenus, ndlr), surveiller le travail, charger le camion, s’occuper de la gestion administrative, etc. Il gère 10 à 15 détenus travaillant en atelier, plus 30 à 40 travaillant depuis leur cellule». «Le défaut de surveillance n’est pas lié à l’agent», renchérit Jean-Philippe Guilloteau, secrétaire fédéral CFDT-Interco (personnels pénitentiaires dont direction). La prison d’Auxerre presente par ailleurs un taux de surpopulation carcérale de 180 %, un chiffre que ne renie pas la direction régionale de l’administration pénitentiaire. «Comment ce genre d’évasion n’intervient pas plus souvent ?» demande Thierry Cordelette quand on lui demande comment Treiber a pu s’échapper.

A-t-il bénéficié d’une complicité ?

«Ce serait étonnant qu’il ait fait ça tout seul», estime Jean-Philippe Guilloteau pour la CFDT, évoquant une possible «complicité intérieure». Le syndicaliste, également premier surveillant de la maison d’arrêt d’Auxerre, connaît bien l’établissement. Il exclut la possibilité d’une complicité parmi les personnels.

Pourquoi Treiber travaillait-il aux ateliers ?

«S’échapper depuis l’atelier, c’est plus facile», confiait mercredi matin un ex-détenu d’Auxerre sur RTL. Alors pourquoi Treiber, suspecté d’un double meurtre, y travaillait-il ? Le placement aux ateliers est demandé par le chef de l’établissement et decide par la direction régionale de l’administration pénitentiaire apres avis d’une commission. Mercredi matin, la direction régionale ne pouvait pas nous donner d’explication sur le cas Treiber. Le representant de l’Ufap évoque lui une «grave erreur». Son homologue de la CFDT avance plusieurs explications. D’abord Jean-Pierre Treiber «n’a jamais fait parler de lui à Auxerre, il était très correct avec les personnels». L’atelier de la prison d’Auxerre est également censé etre aisément surveillé depuis les bâtiments alentours. Ensuite, le syndicaliste explique que certaines affectations dans l’atelier sont aussi decidees en fonction de la durée pendant laquelle un détenu est susceptible de rester dans l’établissement. «Pour certains postes demandant des aptitudes particulières, on préfère former quelqu’un dont on sait qu’il restera plus longtemps». Ce qui pose le probleme de la longueur de la détention préventive. Jean-Pierre Treiber avait été désigné responsable des ateliers, selon FO et la CGT-Pénitentiaire. En resume, les antécédents presumes du détenu ne sont pas le seul critère en vue d’une affectation en atelier.

Pourquoi Treiber était-il en maison d’arrêt ?

Près de 5 ans apres son interpellation, Jean-Pierre Treiber était encore en détention préventive, avant son procès prévu en avril 2010. Une situation récurrente que dénoncent les syndicats de surveillants de prison. «Le suspect ne pouvait donc pas etre placé en maison d’arrêt, mais pourquoi ne l’a-t-on pas mis dans un établissement plus sécurisé ?», demande Thierry Cordelette.

Qui enquête sur cette évasion ?

La direction centrale de la police judiciaire doit diligenter une enquête pénale. L’Inspection générale des services pénitentiaires a elle été chargée d’une enquête administrative. «Elle devra apporter toutes les réponses aux questions posées par ces évasions afin que ça ne se reproduise plus», se contentait d’observer mercredi le ministère de la Justice. La ministre, Michèle Alliot-Marie, se rendra mercredi sur place. Les surveillants de la maison d’arrêt d’Auxerre ont déjà été entendus toute la nuit par les inspecteurs de la pénitentiaire, a souligné Thierry Cordelette.

Voir aussi: Treiber clame son innonence dans une lettre à Marianne

Source: le Figaro

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